C'était une cité un peu vétuste, mais les douze peupliers qui la bordaient étaient appréciés par les habitants. Ce sera demain, une cité aux cages d'escalier repeintes et - on l'espère - à l'isolation renforcée pour permettre à ses habitants de faire des économies de chauffage en hivers et de moins souffrir de la chaleur en été.

Une bonne chose, mais…

Hier, en ouvrant leurs fenêtres, les habitants pouvaient profiter des chants d'oiseaux et du bruit du vent dans les feuilles. Ils auront demain quelques places de parking en plus, et leurs voitures grilleront tranquillement en plein soleil dès le mois de mai…

Comment peut-on être aussi imprévoyant concernant les conditions de vie des habitants d'une cité et d'un quartier tout entier ? S'ajoute à ce massacre, le déracinement de nombreux buissons au pied des immeubles.

"Soyez tranquille !", assure le bailleur, nous remplaçons les arbres abattus par des arbres plantés à Madagascar… Une logique absurde. D'abord parce que les arbres disparus ici manqueront aux habitants du quartier. Ensuite parce que même en replantant dans le quartier, il faut attendre longtemps pour que les troncs, les branches et les feuilles des arbrisseaux n'atteignent une taille suffisante pour offrir le même abris naturel aux oiseaux, aux insectes et… aux habitants humains.

"Cette bétonisation incessante de tous les quartiers de la ville condamne à tout jamais des dizaines d’espèces d’oiseaux et d’insectes soudainement privés d’habitat et de nourriture. Leur population décroit à une vitesse vertigineuse dans toute l’Europe, nous le savons tous, on nous alarme sur la disparition de la biodiversité et nous à Rosny on crée un Agenda 21 en laissant chaque jour disparaitre des plantes au gré des projets de construction ou de réhabilitation", s'est plaint un habitant dans une lettre envoyée au maire, Claude Capillon en octobre 2017.

Et il poursuit : "Quelle incohérence avec la politique affichée de la municipalité de privilégier la nature en ville, de préserver les éléments de paysages, les espaces paysagers, les squares et les jardins familiaux ; de protéger les arbres remarquables et les alignements d’arbres ; de préserver la nature dans les quartiers pavillonnaires, grâce à la protection des jardins en cœur d’îlot et le renforcement des obligations de création d’espaces verts dans les projets immobiliers ; d’améliorer l’accès aux espaces verts, grâce au développement des mobilités douces. On ne saurait dire mieux…

Reste aux habitants à réclamer des compensations. En effet, la loi pour la biodiversité (explications claires ici) reconnaît la valeur patrimoniale des alignements d'arbres et crée un nouveau régime de protection. Elle impose une compensation financière et en nature, en cas de coupe intempestive : "Les mesures compensatoires devront être "locales, basées sur leur valeur patrimoniale, déclinées en un volet en nature (plantation) et un volet financier, assurant l'entretien ultérieur", précise le texte… Ne reste plus aux habitants du quartier qu'à s'organiser pour obtenir des compensations du bailleurs, afin d'avoir les moyens de remettre de la nature dans leur quartier. Et attendre dix ans pour commencer à en profiter. E. B.